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Promenade dans l’Histoire de Chalon

By Joannie Kaag   |    No Comment    |    

Nous sommes à Chalon-sur-Saône, et ce mois de mars 2030 touche à sa fin. Depuis 2020 et l’élection à la Mairie de Mourad LAOUES et son équipe, la ville a bien évolué. Dix années se sont passées et la politique menée porte ses fruits, à l’évidence.

La rivière, ensoleillée ce matin, continue de charrier ses eaux, mais elle semble plus claire, comme assainie, comparativement à ce que je connaissais d’antan. Je pense sans nostalgie à l’histoire de cette ville que j’aime. Il fait bon, chaud, mais pas trop pour la saison, juste ce qu’il faut. Ici, le climat est continental.

Vous approchez et me posez une question. Si je veux vous faire découvrir l’histoire de cette ville ? Mais bien sûr ! Naturellement, avec grand plaisir, allons-y sans plus attendre ! Commençons par le commencement.

Oui, notre ville est riche d’histoire. Ses fondations remontent aux strates de l’Antiquité, lorsque les hommes inventifs devaient user de génie et d’industrie pour perdurer. Ici, les noms des rues, des bâtiments, les parcs, les musées, toute une mémoire collective a conscience de ses origines, et ce fil conducteur qui traverse les siècles solidarise le vivre ensemble de notre ville.

Comme la Saône est douce ! Regardez plutôt, n’avez-vous pas envie de pique-niquer ? ou de vous baigner ? avant 2020 on ne pouvait pas se baigner dans la Saône : trop polluée. Depuis, Chalon plage a été créée. Alors, puisque vous avez soif de connaissance également, saviez-vous que son eau nous provient de sa source au Ménamont, dans les Vosges ? Son cours nous relie à la mer Méditerranée, avec l’aide du Rhône. C’est une superbe rivière, large et lente, prête à traverser encore de nombreux siècles.

 Chalon ne serait pas Chalon-sur-Saône sans sa rivière. Certes, mais Chalon-sur-Saône ne serait pas non plus Chalon sans raisons historiques. Dès l’âge de bronze, l’axe tracé par la rivière favorise les communications de tous genres, et attire les âmes, au point de faire de la ville la plus peuplée du département. De 45 719 habitants en 2019, nous sommes passés à 56 363 aujourd’hui, en 2030. Les 25-29 ans sont ici nombreux et perpétuent le dynamisme local.

Puis-je continuer mon histoire ou en avez-vous assez ? Je continue ? D’accord. Alors installons le contexte d’origine.

Chalon à l’Antiquité

Le territoire chalonnais était peuplé par les Eduens, dans ce que nous appelons Gaulle celtique. Ce peuple établit un péage à hauteur de l’actuel pont des Dombes. Plus tard, lors de l’occupation romaine, la ville appelée « Cabillonum » devint, du fait de sa position stratégique, un site important d’entrepôt des armées de Jules César. L’empereur romain en fit un lieu de passage en créant des « via romana » terrestres, et en maintenant l’importance de son port sur l’Arar, nom de la Saône en ce temps. A cette époque, déjà, Chalon est une des villes les plus importantes de ce que nous appelons aujourd’hui Bourgogne. César la cite dans « La Guerre des Gaules » (58-50 avant J.C.). Voici ces mots : « Il est une rivière nommée Arar, qui passe par les terres des Eduens et des Séquanes, (peuple gaulois qui vit sur les contreforts du Jura) et porte ses eaux dans le Rhône, avec une telle douceur que l’œil ne peut juger de quel côté est son cours ».

Fontaine de Neptune

Cependant, les irrésistibles gaulois, qui résistent encore et toujours à l’envahisseur pour paraphraser le créateur d’Astérix, lui préfèrent et gardent le nom de Souconna, du nom, latinisé (et oui, tout de même, l’empire romain est puissant) de la déesse celtique Sagone. Sagone est la déesse de la source. Elle entretenait, dans le cœur des habitants, de bonnes relations avec les dieux et déesses venus de Rome. Quel meilleur nom pour notre rivière ? Auguste, le successeur de César, utilisera le nom de Souconna, ainsi que l’atteste une pierre conservée au musée Denon depuis sa découverte en décembre 1912, lors de travaux dans l’actuelle rue aux changes. Les romains ont repris les croyances et traditions païennes, c’est bien connu, et cela eu lieu à Chalon aussi. On peut lire sur cette pierre : « sous la protection d’Auguste, les habitants de l’oppidum de Cabilonnum ont eu soin d’élever ce monument à la déesse Souconna ».

De Souconna, le nom vivra et évoluera jusqu’à devenir Saône, en 1237. Que d’eau aura coulé depuis l’époque romaine ! D’autres divinités ont béni notre ville. Du moins, des hommes ont érigé des monuments et voué des cultes à cette fin. Pour exemple : la fontaine de Neptune, érigée au XVIIème siècle à l’entrée actuelle de la Grande Rue, avant d’être déplacée en 1743 place de Beaune.

Un fragment de frise, découvert en 1888, lors de travaux vers la sous-préfecture et datant de l’époque gallo-romaine, nous montre les noces de Neptune. On peut toujours voir le fragment de frise au musée Denon.

Mais cette époque est loin, et notre ville n’est pas qu’une relique de l’empire romain.

Le Christianisme, aussi, constitue une partie forte de l’histoire de Chalon. Notamment, en 177, une importante communauté chrétienne, martyrisée à Lyon, se disperse et remonte pour partie la Saône, jusqu’à Chalon. Ainsi, Cabilonnum devint siège épiscopal en 449.

Chalon au Moyen-Âge

C’est à Chalon qu’eurent lieu les fiançailles par procuration de Clovis, roi des Francs, et de Clotilde, princesse burgonde en 491. Cabillonum était déjà une bourgade importante au temps des romains, mais le centre de la ville se développe autour de l’évêché fondé au Vème siècle. Aux époques mérovingienne et carolingienne et jusqu’au Xème siècle, plusieurs cathédrales se succèdent sur l’emplacement des remparts romains. Elles sont aujourd’hui des monuments historiques importants pour la ville.

Cathédrale Saint Vincent

L’origine de la première d’entre elles reste très vague et remonte aux IVème et Vème siècles. Elle est d’abord dédiée à Saint-Etienne. Ce que l’on sait, c’est qu’elle a été édifiée sur l’ancien rempart gallo-romain, à la place d’un temple antique. Ceci est confirmé par la découverte d’une statue votive de Mercure dans le sanctuaire de la cathédrale en 1776, d’un autel dédié au dieu Mars derrière le chevet en 1850, puis par celle des effigies présumées de Marc-Aurèle au Doyenné en 1908. L’église primitive a été détruite par les Sarrasins et reconstruite par Charlemagne.

Entre-temps, Saint Etienne a perdu son patronage au profit de Saint Vincent vers 542.

La cathédrale actuelle a été bâtie entre 1090 et 1522, ce qui explique qu’elle relève en même temps du roman et du gotique. Bien plus tard, en 1984, deux millions d’euros ont été dépensés pour sa restauration. Elle avait en effet été classée aux monuments historiques en 1903 et il ne fallait pas laisser ce joyau chalonnais de l’art religieux tomber en ruine.

Vous êtes toujours avec moi ? Notre ville est intéressante, n’est-ce pas ? Bien, continuons.

Nos pérégrinations nous mènent désormais rue du Roy Gontran, sur L’Île Saint Laurent (que les Chalonnais appellent aussi affectueusement L’Île d’Amour). Mais qui est ce Roy Gontran ? Qui est ce personnage, important au point qu’une rue porte encore son nom aujourd’hui ? Le sait-on seulement encore ? Roy Gontran joua pourtant un rôle majeur pour le développement et le rayonnement de notre ville. Le Roi Gontran est né entre 532 et 534. L’état civil n’existant pas encore à ces dates, l’année reste approximative. On sait cependant qu’il est mort un 28 mars, à Chalon, entre 592 et 594. C’est sous son règne que Chalon devient la capitale du royaume mérovingien des Burgondes entre 561 et 593. On lui construit un palais à l’évêché, puisqu’à cette époque, rois et évêques partagent le pouvoir. Mais qui a conscience, quand il passe rue du Roy Gontran, que ce chalonnais fut roi des Burgondes – les ancêtres des Bourguignons – et même que Chalon fut capital de la Bourgogne avant Dijon ?

Détruite à plusieurs reprises lors de différentes guerres moyenâgeuses, car la Saône est la frontière naturelle entre le royaume des Francs et l’empire Germanique de 842 à 870, Chalon se dote de remparts pour se protéger. On en a aujourd’hui des vestiges classés aux monuments historiques : la Tour de Saudon, située 13 rue de l’oratoire est un vestige de la muraille de défense qui ceinturait la cité au IVème siècle.

Il en est de même pour la tour Coco-l’ouvrier, 13 impasse de la gravière. C’est une tour de guet. Pendant très longtemps, les Chalonnais se devaient de monter la garde à tour de rôle le long des anciens remparts de la ville. La tour n’était pas incluse dans l’enceinte défensive et ne servait que de poste d’observation. Elle dessert trois étages de l’immeuble situé place du châtelet, auquel elle est accolée. La tour de Coco-l’ouvrier est aussi appelée la tour rouge. Cette construction du Moyen-Âge comporte aussi une échauguette afin de faciliter le guet. Celle-ci n’a pris le nom de Coco-l’ouvrier qu’en 1773, car l’homme qui occupait alors les lieux a marqué la ville de par son excentricité.                       

Au haut Moyen Âge, Chalon devient célèbre dans toute l’Europe grâce à la foire aux Sauvagines. Mais cette activité devient bien moins importante après la guerre de 100 ans. Ville frontière après l’annexion de la Bourgogne par la France en 1477, elle reçoit une nouvelle enceinte. La ville est encore assiégée en 1478 par les troupes de Louis XI, puis revient, grâce à ce dernier prince, à la couronne de France, après avoir appartenu, de 938 à 1237, aux Comtes  de Chalon et, de 1237 à 1477 aux Ducs de Bourgogne.

Chalon sur Saône en 1500

A nouveau ville frontière, elle le restera pendant deux siècles, ce qui lui donnera un rôle prédominant dans les guerres de religion du XVIème siècle, d’où la construction de la citadelle.

Chalon du XVIIème au XXème siècle

En continuant notre promenade, on peut s’apercevoir que Chalon, ville de passage, est touchée très tôt par les idées nouvelles. Proches de Genève, appuyés par les armées huguenotes, les calvinistes de Chalon prennent brièvement le pouvoir. La réaction catholique s’appuie sur la citadelle toute neuve : Chalon sera l’ultime bastion de résistance à Henri IV. Une nouvelle bourgeoisie émerge et s’enrichit, qui, après avoir été tentée par la Réforme, se rallie rapidement à Henri IV, devenu roi de France et de Navarre, « Paris valant bien une messe », donc une conversion au catholicisme. Un foisonnement d’ordre religieux couvre alors la ville de couvents et d’églises, comme Saint Pierre, située sur la place de l’Hôtel de ville et qui sera inscrite comme monument historique en 1948.

C’est à ce moment-là qu’est fondé, en 1530, sur L’Île Saint Laurent, en remplacement de la léproserie située aux abords des quais, l’ancien Hôpital.

Durant notre promenade, on s’aperçoit que cet ancien hôpital révèle une grande richesse patrimoniale. On découvre le bâtiment le plus ancien élevé au XVIème siècle abritant la communauté des sœurs de Sainte-Marthe avec la chambre de la « maîtresse », l’infirmerie des religieuses, l’oratoire, la salle des étains et le réfectoire des sœurs.

La pharmacie du XVIIIème siècle rassemble une importante collection de pots en faïence et des tiroirs de plantes médicinales. Une évolution de la médecine et des soins de la Renaissance à nos jours y est évoquée par l’intermédiaire du matériel médical et scientifique encore présent dans les différentes salles.

Continuons notre visite de Chalon en passant par les quais construits au XVIIIème siècle, afin d’améliorer le trafic fluvial. Emiland Gauthey, dont le nom perdure à Chalon à travers un établissement scolaire et une rue, construira le canal du Centre. Ce Chalonnais, né en décembre 1732, à Chalon sur Saône, ingénieur de génie, a l’idée d’établir une jonction entre la Saône à Chalon et la Loire à Digoin. Le canal arrive alors au pied de l’actuel obélisque. Au passage, Gauthey dotera aussi Chalon de son théâtre.

Le canal du centre apporte un nouvel atout économique à Chalon qui se trouve ainsi relié au bassin Montceau-le Creusot. C’est grâce à lui que les établissements Schneider vont installer à Chalon Le Petit Creusot en 1839.

Mais avant ça, nous passons devant les armoiries de Chalon. C’est ainsi que l’on peut voir que la ville a connu son heure de gloire, récompensée par l’octroi de la Légion d’Honneur. Quel chalonnais se souvient encore de la cause de cette récompense honorifique faite à la ville de Chalon ? Qui sait que l’empereur Napoléon Bonaparte a décerné la légion d’honneur à la ville pour avoir vaillamment résisté à l’invasion prussienne ? Il était de passage à Chalon lors de son retour d’exil à L’Île d’Elbe, en mars 1815 et les Chalonnais l’ont accueilli à bras ouverts.

C’est sans doute ce dont s’est rappelé le maire de Chalon en 2015 lorsqu’il a souhaité une grande fête pour commémorer l’évènement et a voulu dépenser sans compter l’argent de la ville pour faire venir le couvre-chef de Bonaparte, sans toutefois lui arriver… à la cheville. Peut-être dans une idée de grandeur personnelle ? Qu’importe. Le développement du bateau à vapeur va aider au développement industriel de Chalon en accentuant le trafic entre Chalon et Lyon. Dans le même temps, la ville va se doter d’un télégraphe implanté dans la maison Belleville, rue de la Colombière. Le système se modernise avec le télégraphe électrique en 1853 puis Chalon entre dans l’air de la modernité avec le téléphone urbain le 1er novembre 1891.

C’est surtout la création, en 1839, des chantiers « Le Petit Creusot », qui lance le développement industriel de la ville et la dote d’un tissu serré d’entreprises de constructions mécaniques. La ville à vocation commerçante se transforme en un pôle industriel majeur pour le département, ce qui contribue à son expansion démographique.  Les grèves de 1901 seront très sévèrement réprimées dans le sang. Mais par la suite s’installeront diverses entreprises : tuilerie, briqueterie, verrerie, négoce de métaux, métallurgie, fonderie, mécanique…

Mais à la fin du XIXème siècle, un seul pont permet de traverser la Saône à Chalon : le pont Saint-Laurent. Ce n’est pas sans poser problème. En effet, les ouvriers de l’usine du Petit Creusot n’ont d’autre choix que celui de la barque pour rejoindre, parfois au péril de leur vie, leur lieu de travail. Ce sont de véritables petites flottilles qui traversent la Saône été comme hiver. La traversée coûte deux sous à ceux qui n’ont pas la chance de posséder une embarcation.

En 1900, les ouvriers lancent une pétition demandant la création d’un pont permettant de relier les Granges Forestiers au quai de la Navigation (actuel quai Gambetta). Le Conseil municipal du 17 mars de la même année entérine le projet. Le pont est inauguré le 15 août 1913.

Auparavant, la guerre est passée par là. Après la défaite de Sedan en 1870, la France a préparé sa revanche : les établissements Schneider ont été appelés à participer à la fabrication d’armement. Au Creusot mais aussi au Petit-Creusot, on construit du matériel d’artillerie, des ponts métalliques démontables, des tourelles pour navires de guerreet des navires de guerre de tonnage limité (torpilleurs, contre-torpilleurs). Au début des années 1900, les autorités navales françaises pressentent la grande utilité que pourraient avoir les sous-marins dans l’avenir. Elles encouragent les industriels du secteur métallurgique privé à en construire.

Les établissements Schneider construisent leurs premiers submersibles à Chalon-sur-Saône à partir de 1909. Le « Delphin » lancé le 2 août 1911, quitte les ateliers de Chalon-sur-Saône en 1912. Il est destiné à la Grèce et a fait l’objet d’une souscription nationale auprès de la population grecque.

D’autres bateaux et sous-marins vont voir le jour à cette période. Ceux construits à Chalon-sur-Saône descendaient par voie fluviale jusqu’en Méditerranée. Ils étaient embarqués à bord d’un navire spécial, une sorte de barge ou dock flottant, qui s’appelait ” Le Porteur”. Cette façon de procéder évitait le problème du tirant d’eau trop élevé.

Lorsque survint la seconde guerre mondiale, la position géographique de Chalon en fait une fois de plus une frontière entre la zone libre et la zone occupée. La résistance se développe et la ville rendra hommage à certains d’entre eux en donnant leurs noms à des rues ou des établissements scolaires : par exemple, Camille Chevalier, garagiste à Chalon-sur-Saône et qui organisait au moulin de Droux de Lux des passages réguliers de courriers et de clandestins. Il a été arrêté par les Allemands en juillet 1942, et fusillé le 18 août de la même année.

Chalon sera libéré le 4 septembre 1944 par la 1ère division blindée commandée par la général Touzet, qui après avoir débarqué en Provence, libéra Saint Etienne, Lyon, Anse, Villefranche, puis Chalon, avant de partir libérer Chagny, Beaune, Dijon puis Langres jusqu’à d’arriver à l’orée de l’Alsace le 18 octobre 1944, avec ses troupes venues d’Algérie (régiment de reconnaissance algérien, zouaves, …), en collaboration avec des groupes de résistance locaux.

Les dégâts sont importants : Il va falloir reconstruire car la gare, le pont des Dombes, le pont Jean Richard et le pont Saint Laurent sont détruits, suite aux bombardements.

Chalon, idéalement située, se trouvait malheureusement cette fois-ci, sur le passage des troupes allemandes en déroute. La Saône va alors servir au sabotage du matériel, avant la débâcle du IIIème Reich.

Après la deuxième guerre, la création de la zone industrielle Nord fut entreprise (au début des années 1950). Elle fut complétée en 1974 par la zone Sud implantée autour du nouveau port fluvial, créé à l’occasion de la construction de l’usine Framatome, indispensable à la réalisation du programme de construction de centrales nucléaires décidé en 1974. Elle deviendra AREVA en 2001. Mais Chalon, comme beaucoup d’autres villes, n’a pas su, à cette époque des années 1970, prendre le virage nécessaire au bien de sa communauté et de la planète.

A l’époque déjà, quelques illuminés ou qu’on prenait pour tel, criaient sur tous les tons qu’il fallait changer de mode de vie, que les ressources étaient limitées et que nous allions droit à la catastrophe. J’étais petite en ce temps-là. Le premier choc pétrolier ne me disait pas grand-chose. Je vivais mon enfance en faisant attention à bien éteindre les lumières quand je sortais d’une pièce, en fermant le robinet pendant que je me brossais les dents, en faisant attention à l’eau sous la douche… A cette période, ces gestes étaient déjà un premier pas. En effet, on sortait des Trente Glorieuses, que je n’ai jamais connues, dont tout le monde a commencé peu après à régler la note, pour le moins salée. Les lanceurs d’alerte, écologistes de tous bords, étaient encore considérés comme de gentils hurluberlus. Et les villes elles non plus ne prenaient pas plus que les gouvernements conscience des problèmes que notre mode de vie et de consommation à tout va allait engendrer.

Petite, je me suis baignée dans la Saône, cette gentille rivière si calme, mais capable de si grands débordements. Les grandes crues de 1840 (crue de référence à 7m29), de 1910 à 6m68, de 1955 à 6m82 et de 1983 à 6m91 – et que dire de celle de 2018 à 6m75 ! -, montrent combien les changements d’humeur de notre belle rivière peuvent être destructeurs, même si après 1983, les aménagements ont été faits pour que l’eau n’envahisse plus les rues de la ville comme auparavant.


Crue de janvier 1910 : La Saône envahie la place de l’Hôtel de Ville jusqu’au musée Denon
Janvier 1955 : Les barques servent de moyens de locomotion aux Chalonnais sur les quais.
Janvier 2019, sous le pont des Dombes

Se baigner dans la Saône : les congés payés institués en 1936 incitent la municipalité de l’époque à créer des espaces dédiés à ce temps libre pour ses administrés. Chalon plage voit le jour en 1937.

1937 : Chalon plage est installé Quai Sainte Marie.

Mais bientôt, finies les baignades en Saône. Elle est bien trop polluée dès la fin des années 1970, et encore plus au début des années 1980.  Au point que même les pêcheurs n’osaient plus manger les poissons qu’ils se plaisaient à capturer dans ses eaux.

Le tournant de 2020

Heureusement, cet état de fait s’est petit à petit arrangé et depuis 2020, les dispositions prises par la nouvelle majorité municipale ont permis de gros progrès.

Plutôt que de couper les arbres en promettant d’en replanter à la Saint-Glin-Glin de plus jeunes, ou de multiplier les pots aux couleurs criardes, les bords de Saône ont été bordés par de majestueux arbres de diverses variétés. Cela a permis d’éviter, maintenant que les étés caniculaires sont la norme, que la chaleur empêche le courant d’être assez fort et donc que l’eau stagne. Et puis, c’est bien plus agréable de marcher à l’ombre des ramures en écoutant le doux bruissement des feuilles !

Les gros bateaux de tourismes comme on en voyait très souvent ne s’amarrent plus à Chalon que s’ils ont quelques choses à y faire. Avant, ils déversaient les touristes directement dans des bus qui les amenaient ailleurs, à Beaune, sur la côte des vins… Une pratique bien dommageable car Chalon étant une ville d’art et de culture, les pauvres touristes manquaient quelque chose. Mais nous reviendrons sur ce point.

Depuis 2020, ces bateaux bénéficient d’aménagements pour pouvoir se brancher sur les quais et ainsi utiliser moins de fioul trop polluant. Moins nombreux, ils sont les bienvenus lorsqu’il s’agit de faire découvrir le patrimoine chalonnais sans souiller notre rivière, non seulement par leur fioul, mais encore par leurs déchets. Ils savent maintenant où et comment s’en débarrasser sans les jeter par-dessus bord, ni vu ni connu. Des aménagements ont également été faits en ce sens et les employés municipaux veillent au grain. C’est tellement plus agréable de se promener au bord de l’eau quand elle est claire.

D’ailleurs, les quais ont également été aménagés pour que tous puissent partager cet espace public sans se gêner. Plus de voiture, plus de bruits de moteur, des bancs pour se reposer, des jeux pour les enfants… On se croirait en vacances. On profite pleinement des clapotis de l’eau contre les berges, du chant des oiseaux enfin revenus en ville, des rires des enfants qui peuvent jouer sans risque. Et puis surtout, j’ai retrouvé le plaisir d’une baignade dans la Saône.

Bergeronnette au bord des quais

Et oui, des plantes aquatiques dépolluantes ont été plantées, et une plage aménagée et entretenue. Même si le périmètre est limité, il faut bien dire que c’est un vrai plaisir et que ça accentue le côté « je suis en vacances dans ma ville ».

Même les personnes qui ont du mal à se déplacer peuvent profiter de ce site enchanteur. En effet, des navettes électriques sont à leur disposition pour les amener à proximité, et sur le site lui-même, une association subventionnée par la mairie met à leur service des bénévoles et des emplois jeunes pour les aider et les accompagner. Cette solution favorise un air sain dans la ville, et elle favorise également le lien social et intergénérationnel. Le manque de mobilité a parfois pu précariser par le passé la sociabilisation de nos aînés. Maintenant, les rencontres et un accompagnement vers la sortie de l’isolement dont pouvaient souffrir jusque-là des personnes âgées ou handicapées sont facilités.

Au cours de notre promenade, j’ai évoqué les touristes qui manquaient quelque chose lorsque, avant 2020, ils débarquaient d’un bateau pour monter dans un bus et partir à la découverte d’autres villes sans avoir rien vu de la nôtre. Chalon est pourtant une ville d’art et son patrimoine est riche. Heureusement, aujourd’hui, le patrimoine est mis en valeur et les touristes peuvent le découvrir. Suivons-les.

Rue Donneau, nous découvrirons l’abbaye Saint Pierre datant du Xème siècle :

Puis, nous irons voir le Bureau des coches et diligences : Il fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis 1948. Depuis 1972, le bâtiment accueille le musée Nicéphore Nièpce, consacré à la photographie. Nicéphore Nièpce, né à Chalon en 1765, et initialement prénommé Joseph (c’est lui qui choisira de changer de prénom et c’est celui qui, ainsi adopté, restera dans l’histoire), est cher au cœur des chalonnais qui voient en lui l’inventeur de la   photographie, tout en oubliant qu’il lui a fallu attendre longtemps pour être reconnu à ce titre.

Nicéphore Niepce

D’ailleurs, qui visitera le musée consacré à son œuvre découvrira que « l’histoire de la photographie ne reconnaît l’apport décisif de Nicéphore Niépce que depuis peu. Dans l’histoire de la photographie, le fait d’avoir été le premier à exposer clairement les principes généraux de la photographie, à savoir « fixer les images des objets par l’action de la lumière », n’a pas assuré la reconnaissance de l’inventeur. L’intitulé officiel de l’invention, « appelée improprement » daguerréotype (1839), la revendication anglaise de la découverte par l’anglais W.H. Fox Talbot (1839-1840), se sont malheureusement combinés pour détourner l’histoire de la voie de l’équité et de la gratitude. Les travaux de Nicéphore Nièpce tiennent pourtant dans l’histoire de la photographie une place incontournable par leur antériorité et par leur efficience. Sans lui, Daguerre n’aurait pu mener à bien ses propres travaux. Depuis 2020, le musée a été amélioré et est devenu LE musée à portée internationale de la photographie.

Après être passés devant la cathédrale Saint Vincent dont nous avons déjà eu un aperçu lors de nos précédentes promenades, nous passerons par le Cloître, restauré et rouvert au public en 2019. Après l’avoir visité, nous irons par le cloître capitulaire, où vivaient les ecclésiastiques servant la cathédrale et qui est classé, pour ses parties anciennes, comme monument historique depuis 1928.

Comme nous sommes à côté, nous en profiterons pour aller voir l’ancien palais du Roy Gontrand.

Situé 4 rue de l’évêché, c’est maintenant un ensemble de bâtiments, élevé aux 17ème et 18ème siècles sur les bases médiévales et s’appuyant sur le rempart gallo-romain et médiéval.

En remontant par les petites rues de Chalon, nous pouvons nous arrêter admirer dans l’Hôtel particulier, construit par madame Chiquet, d’où son nom d’Hôtel Chiquet, le magnifique escalier qu’empruntèrent Napoléon 1er,  sa femme Joséphine de Beauharnais puis le pape Pie VII qui y résidèrent en 1805. Ils y firent étape en allant à Milan pour le couronnement de Napoléon comme roi de Lombardie.

Il se situe 5 rue des Tonneliers à Chalon et est classé comme monument historique depuis 1947.

Puisque nous sommes rue des Tonneliers, arrêtons-nous deux minutes pour regarder la façade de l’Hôtel Particulier situé au n° 8, elle aussi classée aux monuments historiques. Si la chance nous sourit, peut être pourrons-nous voir l’oratoire à l’ouest de la cour intérieure.

Décidément toujours attirée par la Saône, je vous propose de retourner sur les quais. Celui des Messageries cette fois-ci. Au n°22, nous pourrons voir l’Hôtel de Colmont-Fusselet. Lui aussi fait partie des monuments historiques, depuis 1948.

Vous le reconnaissez bien sûr, même si vous ne saviez pas son nom. C’est aujourd’hui l’espace patrimoine.

Retournons vers le centre-ville en passant par la rue Saint Vincent, qui débouche sur la cathédrale du même nom. Lorsque nous serons au n°7, je vous inviterai à lever les yeux pour découvrir la maison aux trois greniers.

Construite en 1500 par la famille Riboudeau, elle abrite aujourd’hui des appartements. Caractéristique des hôtels particuliers des bourgeois ou des riches marchands du début de la Renaissance, son architecture nous invite à faire le lien entre la place Saint Vincent, avec ses maisons à colombages du moyen âge, et les maisons du XVIème au XVIIIème siècle, situées dans la rue du Châtelet, qui appartenaient bien souvent à des hommes de Loi.

La place du Châtelet, où était rendue la justice royale, est à deux pas. Venez, suivez-moi ! Nous voilà 37 rue du Chatelet. Au 16ème siècle s’élevait ici la maison d’Hugues Baichet, procureur du Roi. C’est en 1657 que fut érigé le bâtiment actuel pour l’avocat au parlement Barthélémy Magnien

Comme souvent à cette époque, des bandeaux situés entre deux étages donnent un rythme aux façades. Le décor est foisonnant : outre des guirlandes de fleurs ou des gargouilles, le mur est orné de bas-reliefs. Ceux-ci représentent quatre visages de profil et quatre amours portant des fleurs, des gerbes de blé, des fruits ou des fagots. Ces amours sont censés personnifier les saisons. C’est ce qui la fit appeler maison des « quatre saisons ».

Nous remontons maintenant vers le quartier de la citadelle. Nous arrivons par le boulevard de la République et tombons sur l’obélisque.

Cet obélisque commémore le creusement du Canal de Bourgogne dont nous avons parlé auparavant. Aujourd’hui, ce canal passe à l’est de Chalon. Mais, quand il fut conçu, il passait par le centre-ville. Pour mieux visualiser, je vous montre un plan de son passage dans la ville.

En 1794, trois bassins accueillaient les bateaux : le bassin Saint-Cosme (près du débouché du canal), le bassin de la Gloriette (actuel square Chabas, aménagé en 1898) et le bassin de l’Obélisque (actuel boulevard de la République). En 1849, l’arrivée du train entraîne le comblement des bassins de l’Obélisque et de la rue Gloriette. Au début du 20ème siècle, le boulevard de la République remplace les voies de chemin de fer.

Deux obélisques furent construits en même temps. Celui de Chalon sur l’ancien port du canal du Centre, et celui de Dijon sur le port du canal de Bourgogne. Ils commémorent la pose de la première pierre du canal du Centre par Louis V Joseph de Bourbon-Condé, alors gouverneur des États de Bourgogne, le 22 juillet 1784 à Chalon-sur-Saône.

Le bassin sera comblé avant 1849, pour l’installation du chemin de fer et le percement de l’avenue de la Gare. Dans les années 1950, il est décidé de déplacer le linéaire du canal au nord-est de Chalon, dans un nouveau quartier industriel, où pourront s’installer de plus grandes entreprises (Kodak). Les travaux commencent en 1958. En 1959, le canal est dévié par le nord.

De l’ancienne infrastructure du canal demeurent des tracés : avenue Nicéphore Nièpce, boulevard de la République et square Chabas, installé à l’emplacement d’un bassin. Il reste aussi l’obélisque de Gauthey, ainsi que des bâtiments qui sont liés à la présence du canal. On voit sur la photo l’église Saint Cosme et les deux écoles qui la flanquent avant la construction des bâtiments qui bordent, aujourd’hui, à l’ancien emplacement du Canal, l’avenue Nicéphore Nièpce.

Puisque nous n’en sommes pas loin, passons par le Kiosque à musique. C’était un lieu de divertissement qui a longtemps été abandonné au profit d’un vilain parking, au XXème siècle, et jusqu’en 2020. Mais quand il fut construit, en 1889, ce n’était pas le cas.

Le 56e Régiment d’Infanterie vient de s’installer dans la Caserne Carnot, et avec lui la musique militaire. Pour l’écouter dignement, un kiosque à musique s’impose. C’est du moins ce que pensent les habitants dont l’esprit patriotique est encore empreint de la guerre de 1870 et pour qui la perte d’une partie de l’Alsace Lorraine au profit de la Prusse n’est pas digérée. La musique militaire a alors le vent en poupe.

Les habitants de la place de Beaune s’emparent aussitôt de l’idée du kiosque à musique et remettent au Conseil municipal une pétition pour établir le kiosque sur cette place. Ils lancent une souscription publique.

Mais qui l’eut cru, le choix de l’emplacement va créer une vive polémique au sein dudit conseil puisqu’une partie des chalonnais veut construire ce kiosque quai de la navigation (actuel quai Gambetta), alors que ceux qui ont lancé l’idée le veulent place de Beaune.

Les partisans de cette solution mettent en avant son emplacement idéal, au cœur de quartiers animés, notamment par la présence de cafés, et la proximité de la caserne. Au contraire, le quai ne peut offrir de bonnes conditions pour l’écoute de la musique.

Quant à ceux du Quai de la Navigation, ils rétorquent entre autres que « la place de Beaune n’a jamais été un lieu de promenade et de récréation » et ajoutent que la caserne d’Uxelles située sur l’Ile Saint Laurent pourrait aussi en profiter.

La décision finale est prise à l’issue d’un vote majoritaire en faveur du Quai de la Navigation : 15 voix pour, 2 contre. Le kiosque, construit en fer et en fonte selon le projet de l’architecte municipal Latour, verra donc le jour en 1890, sur le quai.

Qu’à cela ne tienne ! Les partisans de la Place de Beaune ne renoncent pas à leur projet et financent, à leurs frais, leur kiosque dont ils feront don à la ville par la suite. Le kiosque de la place de Beaune est construit par l’architecte Albert Jeannet, en 1890 lui aussi. D’abord réalisé en bois posé sur un soubassement en pierre, il faudra remplacer le bois par une structure en fonte et les ardoises du toit par du zinc en 1908. A ce moment-là, les becs de gaz laisseront la place à un éclairage électrique.

Des deux kiosques existants, il n’en reste plus qu’un aujourd’hui, celui de la place de Beaune. Celui du quai fut dans un premier temps démonté, puis remonté sur la place Sainte-Marie, avant d’être finalement démoli.

Le kiosque a longtemps été un lieu déserté, au mieux investi par les manifestants lors des grandes manifestations, du moins jusqu’en 2020. Depuis, il a connu une véritable renaissance. Le parking qui l’entourait est devenu une place piétonne où il fait bon s’installer à l’ombre des grands arbres, sur les bancs ou même dans l’herbe, ou encore au bord de la fontaine de Mercure si proche : les enfants aiment s’y retrouver à la sortie de l’école et les lycéens y font facilement une pause entre les cours, car les lycées sont à proximité. Parfois, des groupes de musique s’installent, ou encore une petite troupe de théâtre de rue (petite car le kiosque n’est pas très grand). D’autres fois, un crieur public vient, comme autrefois, déclamer des messages. Les badauds ont pris l’habitude de se réunir en ce lieu pour l’entendre haranguer les passants et s’amusent à lui laisser des messages à crier : poésie, déclaration d’amour, vente de son vélo… tout y passe pour le plus grand plaisir de tous.

En face ou presque, sur la place Général de Gaulle, qui a failli être transformée en grands magasins après avoir été un parking, se dresse aujourd’hui une halle pour les producteurs locaux, bien agréable pour faire ses petites emplettes quotidiennes. L’équipe municipale élue en 2020 a repris l’idée de la halle du XIXème siècle qui s’élevait au même endroit, mais en en faisant une construction légère.

Eh oui, Chalon sur Saône, c’est aussi la rue ! En témoignent encore les foires, carnaval et festivals. Le marché de la place Saint-Vincent dresse ses étals colorés le vendredi et le dimanche.

Les cavalcades et les chars du carnaval perpétuent l’ancienne tradition médiévale de la « Fête des fous ». Le comité des fêtes chalonnais nous en résume ainsi l’histoire qui a traversé le temps : « Le Carnaval de Chalon est dérivé de la « Fête des Fous » qui se célébrait, au Moyen-âge, au milieu des pires extravagances, dans notre bonne ville de Chalon. Dès le 15 décembre, on élisait dans la Cathédrale Saint-Vincent, parmi les membres du clergé, et de préférence parmi les enfants de chœur, un « évêque des fous » qui officiait pontificalement, distribuait des bénédictions, ordonnait des processions publiques, et touchait même des redevances. Cloches carillonnantes, il était promené sur un âne, entouré d’un clergé burlesque, avant de dîner en public sur une estrade dressée devant les portes de la Cathédrale.

Beaucoup plus tard, Cyrus de Thiard, un évêque, réussit à interdire ces fêtes païennes dans les églises. Ainsi, elles continuèrent dans la rue, et nos fêtes de Carnaval en sont la continuation atténuée.

Sous François 1er, à Chalon-sur-Saône, une Confrérie qui s’intitulait « L’Abbaye des Enfants », dirigée par un chef permanent nommé « l’Abbé de la Grande Abbaye », élisait à l’époque du Carnaval, un autre dignitaire, qui lui, était éphémère et s’appelait « Le Roi des Enfants ». On rapporte que son élection causa de violentes bagarres en 1598.

Plus tard, il semble que c’est la corporation des bouchers qui eut le mérite de perpétuer le Carnaval de Chalon. Cette corporation promenait chaque année de beaux bœufs gras dans les rues principales de la ville. Mais pour corser l’affaire, elle promenait également un mannequin grotesque, responsable de tous les méfaits de l’année. Ce mannequin, après avoir été « beurdollé » était, le soir du mardi-gras, brûlé sur le Pont St Laurent, puis jeté en Saône.

Lorsque la corporation des bouchers abandonna l’organisation du Carnaval, ce fut la corporation des « pisteurs » qui pris le relais. Tous les ans, les Pisteurs de la ville fabriquaient un mannequin, bourré de paille et habillé de loques et ils le sautaient à la couverte dans toutes les rues de Chalon, l’après-midi du Mardi-Gras. Le supplice de Carnaval avait lieu traditionnellement à la deuxième arche du Pont Saint-Laurent. Seules les années de guerre et de révolution ne virent pas se dérouler ces défilés burlesques.

Au milieu du XIXème siècle, de grands bals furent organisés chaque année le soir du Lundi-Gras, au Salon du Colisée et au Théâtre Municipal. A la fin du XIXème siècle, le grand bal de nuit avait lieu le Mardi-Gras à 20 heures. A minuit, avait lieu un défilé des masques, une bataille de confettis, une distribution de « mirlitons et éventails », enfin une grande farandole de tous les costumés.

En 1900, un premier et timide essai de cavalcade eut lieu avec plusieurs chars occupés par des artistes et de jeunes marchandes de fleurs. L’Harmonie avait organisé un bal d’enfants à la salle des fêtes. En 1901, le Mardi-Gras tomba en période de grève générale, et aucune réjouissance n’eut lieu.

En 1902, 1903 et 1904, de petites cavalcades se promenèrent en ville, avec le cortège traditionnel du mannequin de Carnaval « beurdollé » par les Pisteurs. La bataille de confettis devint de plus en plus animée. Elle se déroulait toujours sur le Quai des Messageries, dans la Grande Rue, mais de plus en plus également sur le nouveau Boulevard de la République. En 1905, une commission dite du « Cortège Traditionnel de Carnaval » tenta une organisation des Fêtes du Carnaval. Les ressources étaient maigres, mais quatre chars furent quand même montés, ce qui corsa infiniment le défilé, d’autant plus que des groupes originaux, ancêtres des « Gôniots », suivaient ces chars.

En 1906, un groupe de Chalonnais s’érigea en « Comité provisoire » et organisa un Carnaval beaucoup plus important qui, malheureusement, fut contrarié par des pluies torrentielles. Les dépenses s’élevèrent à la somme de 1234,55 Francs.

L’élan était donné. C’est à partir de cette date que le Carnaval de Chalon devint vraiment une fête importante du calendrier national…Cette fête eut un tel succès (plus de 10 000 étrangers à notre ville étaient venus y assister) que le Comité décida de recommencer. C’est ainsi que, depuis 1906, nos fêtes du Carnaval Chalonnais ont été en s’amplifiant. Certaines furent des réussites sensationnelles.

Ce qui différencie le Carnaval de Chalon sur Saône de tous les autres Carnavals de France et de Navarre : des joyeux drilles moyenâgeux, les « Gôniots », déguisés, maquillés ou masqués, représentent un état d’esprit qui date de plusieurs siècles. Ils savent trouver l’évènement local, national ou international sur lequel peut s’exercer leur verve burlesque.

Après la terrible épreuve de la guerre de 1914-1918, ce n’est qu’en 1921 que le Comité des Fêtes pensa opportun d’organiser à nouveau un Carnaval. Entourant des chars improvisés, 5000 déguisés gambadaient devant les visiteurs éblouis.

De 1922 à 1938 eurent lieu à Chalon les plus joyeux Carnavals que l’on puisse imaginer.

Après la deuxième guerre mondiale, les Fêtes du Carnaval reprirent en 1946 et les premières années, la jeunesse de notre ville extériorisa l’exubérance qui n’avait pu être étalée au grand jour pendant les longues années d’occupation. Puis le Carnaval de Chalon prit, petit à petit, l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui : celui d’un Carnaval Spectacle bien organisé, splendide, rutilant, avec ses chars immenses, ses très nombreuses grosses têtes, ses musiques majestueuses, ses groupes d’animateurs joyeux. ».

Dans la rue, c’est aussi le festival des arts de la rue avec en juillet chaque année « Chalon dans la rue ».

Que de spectacles ! Pour tous, pour tous les âges, pour tous les goûts ! Les festivaliers venus de partout en prennent plein les yeux pendant cinq jours. Cinq jours de fête de l’art dans la rue : danse, théâtre, spectacles de lumières, créations en tout genre… Cinq jours dédiés à la culture et à l’art. En 1987 est lancée la première édition de Chalon dans la rue, festival international des arts de la rue durant un rendez-vous national de tourisme équestre « L’Equirando ». En 1998, le festival devient TransNational. Pierre Layac et Jacques Quentin sont les fondateurs et premiers directeurs du festival qu’ils nomment « Chalon Dans La Rue » (1987-2003). Ils mettent en place aussi le lieu de création pour les arts de la rue L’Abattoir en 1991. Ce festival a bien failli disparaître entre 2018 et 2020, la mairie ayant décidé d’en baisser drastiquement les subventions. Heureusement, l’élection de la liste citoyenne et écologique « Bien Vivre à Chalon 2020 », le 22 mars 2020, a sauvé ce festival qui a depuis connu un succès qui ne se dément jamais, d’année en année.

Dans la rue toujours, la paulée : En octobre, viticulteurs, visiteurs, touristes, photographes et restaurateurs se retrouvent dans une ambiance festive et populaire pendant un week-end, autour des spécialités bourguignonnes qui font la richesse de notre territoire : le vin et la gastronomie.

S’ajoutent la foire exposition, le salon du livre jeunesse, celui du mariage… bref, autant d’occasions de découvrir et s’amuser.

Le sport aussi est à l’honneur à Chalon, avec de multiples associations sportives. Depuis 2020, les subventions sont plus équitablement distribuées, permettant ainsi à chacune de s’épanouir et surtout, de prioriser le bien-être et la santé (n’oubliez pas que faire du sport est bon pour la santé !). Les associations culturelles, environnementales, d’entraide… sont également valorisées car elles aussi font partie du bien-être des habitants.

Dehors, c’est enfin la végétalisation. Nous sommes dans un moment de grands changements climatiques et la chaleur est de plus en plus omniprésente l’été, avec de longues périodes de canicule. On sait depuis longtemps que la fraîcheur est plus perceptible et la chaleur moins accablante dans les lieux où la verdure nous aide. Planter une forêt urbaine et des forêts « gourmandes » (avec des fruits) a été une idée qui s’est imposée dès 2018 avec l’association ACTE, puis a été favorisée par la nouvelle municipalité en 2020. Nous en profitons pleinement aujourd’hui. Il n’a pas été simple de trouver où les installer, mais la nature a été privilégiée par rapport à la minéralisation. De plus, les parkings ou autres lieux le permettant ont été ombragés par des couvertures végétales, gardant ainsi la possibilité de progresser dans des endroits non surchauffés par le soleil d’été. De même, pour le bien-être des enfants (et la tranquillité d’esprit des parents), les écoles ont été aménagées en « écoles oasis » où les petits, comme les plus grands, réapprennent à vivre en proximité avec la nature dans un environnement sain où la chaleur est maîtrisée en période de canicule.

Il y a 29 quartiers à Chalon : le plus au nord Z.I nord (ou communément appelé Saôneor), le quartier du Stade, la Fontaine au Loup, Clair Logis, Plateau Saint-Jean, Prés Saint-Jean, Citadelle, Les Aubépins, La Thalie, La Verrerie, Zone Verte, Les Charreaux, Boucicaut, Champ Fleuri, Bellevue, Saint-Cosme, Centre-ville, Quartier de la Gare, Saint-Laurent, Sainte-Marie, Les Chavannes, Z.I SUD, Saint-Jean des Vignes, Saint-Martin des Champs, Saint- Jean des Jardins, Colombière, Cité Saint-Gobain, Laënnec Nord et Sud, et Garibaldi. Dans chacun d’entre eux, tout a été fait pour revégétaliser et créer des lieux de convivialité.

Pour exemple, le lac des Prés Saint Jean, peu mis en valeur jusqu’à 2020, s’est vu adjoindre une forêt gourmande qui, en plus de rassembler les habitants autour d’un projet, permet aujourd’hui à ceux qui le souhaitent de profiter des fruits de saison. Chacun est suffisamment responsable pour ne cueillir que ce dont il a besoin et partager avec les autres.

Au Stade, ce sont des jardins partagés qui rassemblent les habitants aux beaux jours.

Sur Saôneor, se sont installés des pépinières d’entreprises et des petits artisans créatifs locaux. Chacun s’est investi pour que l’endroit soit agréable à vivre et pour donner envie aux chalonnais d’y faire un petit tour… Et ainsi, aucun quartier n’a été oublié car les habitants ont été appelés à l’aide par la municipalité depuis 2020 : chacun a été acteur des projets qu’il avait envie de mettre en place dans son quartier, sans compter sur la mairie pour tout faire, mais en mettant également la main à la pâte.

Quant à la sécurité, les chalonnais d’aujourd’hui n’en font pas une priorité car Chalon est une ville où il fait bon vivre. La police y joue son rôle, mais la prévention est un pari en passe d’être remporté. Des éducateurs de prévention, des médiateurs sociaux, mais aussi la remise en contact de la police municipale avec les populations sont maintenant les meilleurs vecteurs de la tranquillité publique. Je ne dis pas qu’il n’y a pas parfois quelques débordements, mais globalement, Chalon est une ville plutôt tranquille. Les différentes générations se côtoient par les projets mis en place, et comme elles se connaissent, elles n’ont plus peur les unes des autres.

La police municipale n’a pas besoin d’armes pour se faire respecter. La vidéosurveillance, qui entre nous n’a jamais permis de faire baisser la délinquance (ils ne sont pas complètement idiots les délinquants, et ils savent où se trouvent les caméras), est remplacée par le dialogue. Ainsi, les policiers ne sont plus enfermés dans leurs véhicules comme cela se produisaient fréquemment avant 2020. Ils sont à pieds, à vélo, et même à cheval dans les quartier où c’est possible pour les animaux.

Ainsi, plus proches de la population, ils en repèrent les besoins plus facilement, et cette dernière apprend à les connaître et à leur faire confiance. Les chevaux sont aussi des outils de médiation formidables, tant auprès des plus jeunes que des plus âgés. Bien sûr, si besoin, mais en dernier recours, la répression remplit son office et la justice est là pour faire son travail.

Mais pour rien au monde je n’irais à la campagne pour trouver la tranquillité : je l’ai, là dans ma ville où, bien qu’ayant une activité professionnelle prenante, je me sens tous les jours en vacances.

Voilà, je reviens vers vous chalonnais de 2020. J’espère que cette balade dans l’histoire passée et future de votre ville vous a été plaisante. A vous maintenant de faire en sorte que mon chemin en 2020 soit semblable à celui dont j’ai rêvé avec vous. C’est possible ! A nous et à vous de jouer !

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